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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 14:48

Hier, je me suis perdue devant chez moi. Je tenais ma litière dans les mains pour l'amener à la voiture. J'ai pas trouvé la voiture. Mon père m'appelle au téléphone "tu es où? - bah je trouve pas la voiture - elle est devant la maison - euh... - attends, on arrive". Non parce que, je dois quand même vous dire, que j'ai des gouttes dans les yeux et comme je dis à Jo, je vois rien pantoute! Mais pantoute de chez pantoute. Du coup, maman me chope dans la rue où j'étais en train d'errer comme une âme en peine. Elle, pliée. Moi, un peu moins. "Tu comptais aérer ta litière?" Je sais pas trop si vous voyez le concept. La rue, elle est quand même pas bien grande quoi... Du coup, après avoir un peu paniqué de m'être perdue, je me suis calmée. Ça me rappelle les fois où je me perdais dans ma chambre et que j'appelais ma mère "maman, je me suis perdue!!!" Ma mère venait dans ma chambre et me recouchait, depuis, je sais que je suis incapable de saisir un objet - à défaut une poignée - en pleine crise de somnambulisme...

Bref, se perdre dans sa chambre ou dans sa rue, c'est flippant mais nettement moins que de se perdre dans la montagne. Chose que j'ai faite, il y a trois mois.

Je devais aller dans la montagne pour un boulot, j'y vais, il fait beau, ma mini Fancy est prête. Ma copine Nana m'a dit qu'il risquait de neiger donc si je pouvais attraper des chaînes au passage, nickel. Je passe par l'Italie, j'en ai pleuré d'émotion tellement le paysage était magnifique, je grimpe, je grimpe et deux trois flocons commencent à tomber gentillement du ciel. Oups ça glisse une fois, je ralentis. Je grimpe, je grimpe. Oups, ça glisse deux fois. Je ralentis encore plus, mon moteur passe de 20 à 60km/h perte totale du véhicule, vision de près du ravin. Je flippe. Je reperds le contrôle de ma voiture, je me dis que si je veux avoir une chance d'arriver en haut de ma montagne, ce serait bien de demander de l'aide ou quoi, et de s'arrêter au moins pour reprendre ses esprits. Évidemment, je n'avais pas trouvé de chaînes en chemin, j'avais du bon pneu d'été. Impossible de se garer sur le bas côté parce que le seul bas côté qu'il y ait en montagne, c'est le ravin. Bon, bah dès qu'on peut Fancy, on se gare et on prie. Je grimpe, je grimpe, je perds le contrôle de la voiture et finalement, je vois une maison.

Je me gare devant. Je sors en trombe avec mes petites chaussures aux pieds et sans manteau - oui, je venais du sud et mes fringues étaient en train de sécher dans ma voiture, j'avais fait la lessive la veille et c'était encore humide. Je monte l'escalier en pierre qui amène à la porte d'entrée. J'entends du bruit, je frappe. J'ouvre la porte. C'est pas très poli mais on était en pleine tempête de neige, et j'avais pas bien chaud. Je m'annonce "bonjour, excusez-moi de vous déranger..." et puis je vois un escalier, je me dis "ah si ça se trouve, ils doivent être en haut". Et là, je me rends compte de l'horreur qui s'offre à mes yeux. Et je me dis que monter l'escalier ne serait peut-être pas une si bonne idée puisque le plancher en dessous est défoncé, que la toiture est à moitié écroulée, les vitres explosées, et qu'il manque juste deux-trois pendus accrochés aux poutres vermoulues et on est bon. C'est fou comment en période de panique le cerveau humain réagit. En arrivant à cette maison, je voyais quelque chose de très beau et accueillant mais du haut de mes escaliers, je voyais plus la même chose. Du coup, je redescends de l'escalier en pierre et encore en plein délire de survie, je vais voir la porte sous l'escalier, je jette les dés. 2 échec critique. La porte en plus d'être cadenassée et bien défoncée et visiblement, c'est pas plus engageant.

Je résume donc la situation: seule au monde, en ballerine dans la tempête de neige, paumée au milieu de nulle part, j'ai faim, j'ai froid, j'ai peur. Et je me marre. "Ah qu'est-ce qu'ils vont bien rire mes petits-enfants quand je leur raconterai ça!" Alors, comme une grande fille, j'appelle l'assurance où le numéro est inscrit sur ma voiture. "Allô? Oui, je suis coincée dans la neige, je suis pas équipée, j'ai froid, est-ce que vous pourriez m'envoyer une dépanneuse? - Oui, votre numéro de plaque?" Je lis ma plaque, les pieds dans la neige, jusqu'à mi-tibia. "euh, vous êtes pas chez nous, vous êtes sûre des numéros? - ah bah oui, je les ai sous les yeux! - bah non, vous êtes pas chez nous!" Et ça raccroche. Merde. Je regarde le numéro que j'ai appelé. En effet, c'est pas la bonne assurance. J'appelle donc la bonne. "ah bah non, désolée mais c'est pas prévu dans le contrat donc on peut pas vous envoyer de dépanneuse. - euh donc je reste là? - euh bah désolée, je peux rien pour vous mais bonne chance!" Et ça raccroche.

Je rentre dans ma bagnole, il fait - 15, je mets le chauffage à fond. Et j'appelle le 17. Un bon gendarme pas bien commode m'engueule "oui, madame, le col est fermé! Et quand on est pas équipée, on monte pas dans la montagne! - euh, le col de quoi? et puis il neigeait pas quand j'ai commencé à monter, j'ai rien vu d'indiqué comme quoi il fallait pas passer. - vous êtes où? - bah je sais pas (les mecs, vous êtes pas censés savoir où je suis direct quand j'appelle?), vous voulez mes coordonnées GPS? - non, non mais vous savez pas où vous êtes?? - bah à part sur la D9.. non... - la D9.. est fermée, faites demi-tour! - euh comment vous dire que j'ai tâté le ravin 5 fois déjà et que là, prendre le volant, ça me dit rien, je suis pas chaud-chaud, là... vous pouvez pas m'envoyer un dépanneur? - euh bah non, en plus, il coûte 100 euros donc le temps qu'il arrive, vous auriez mieux fait d'appeler votre assurance - bah en fait, c'est déjà fait mais ils veulent pas venir - bon, je vais voir ce que je peux faire, je vous rappelle."

J'attends. Les pieds mouillés, la gueule au vent, le ventre vide. J'attends. Je commence à appeler mes proches pour faire mes adieux. Allô maman, voilà, je suis coincée dans la montagne, y a personne qui vient, c'est la tempête, j'ai pas de vêtements secs, rien à manger, j'ai appelé tout le monde mais y a un complot. - ok, bah ouvre tes fenêtres pour pas mourir étouffée et je te rappelle. C'est là où je me dis que je serais sûrement mieux avec les fantômes de la maison hantée à me faire un tarot. Mais j'ai tellement froid que je peux pas bouger. Et puis l'idée de foutre le feu au plancher m'a traversé l'esprit mais j'aurais été foutu de me brûler.

Une heure après, je rappelle les gendarmes. Vous avez des nouvelles pour un dépanneur? Oui on essaie de le contacter. Ah. Et vous, vous pouvez pas venir? Non. On est à Chambéry. Là, j'avais envie de leur dire "et alors?" mais bon, j'ai pas osé. Une demie heure plus tard maman m'appelle "bah là, pas de nouvelles, j'ai super froid et je m'endors". De son côté Nana essayait de venir me chercher mais on captait évidemment que dalle donc bon, elle prenait la température régulièrement. Ça me réchauffait un peu de savoir qu'il y avait des gens que j'aime qui faisaient autant qu'ils pouvaient pour pas me laisser devenir Hibernatus. Encore trente minutes plus tard, je rappelle le 17, une gendarmette me répond et c'est bien la première qui m'a demandé si j'étais en danger - euh pas encore, j'ai seulement très très froid et je m'endors. - le dépanneur est en route.

J'attends. Les pieds mouillés, la gueule au vent, le ventre vide. Je me refais le conte de Barbe Bleue: Fancy, Fancy, ne vois-tu rien venir? - Non, rien, à part la tempête qui rageoit et la maison qui vacilloit. Ok, on passe en mode survie de l'extrême. Tu sophronises à mort. Tu n'es plus corps, tu es seulement esprit, esprit qui va bientôt se réchauffer devant une bonne tasse de chocolat chaud. Tu es au Canada, devant un bon feu, à regarder un bon film. Ou dans un hôtel où la tenancière aura eu tellement pitié de toi qu'elle aura préparé des bouillottes et un bon bain chaud. Ou avec Nana à bien rire et à refaire le monde. Soeur Fancy, ne vois-tu rien venir? - Non rien, à part la nuit noire, et que tu devrais regarder ta tête dans un miroir.

Bon, bah du coup, j'ai prié. En fait, j'ai remercié le Seigneur d'avoir tous ces soutiens autour de moi que j'aime, tous ces bonheurs que j'ai connus, je pleurais comme une pauvre Mi mais j'étais heureuse. J'ai commencé à chanter pour me donner du courage. Au bout d'une éternité, entre deux larmes, je vois une lumière. Je pleure de joie. Merci mon Dieu, tu es le meilleur! La lumière se rapproche, lentement, très lentement mais terriblement sûrement. J'explose en merci. Un énorme 4x4 pointe le bout de son nez et vient se garer pas très loin de ma voiture. J'arrache ma portière, je cours vers mon Sauveur, et lui saute au cou en fondant en larme. Et Jésus a ces mots magiques "vous avez eu peur?" Oui, mais j'ai jamais douté de toi. Jésus monte dans ma voiture, me la remet dans le bon sens et me dit de le suivre. Je te suivrai toute ma vie, Seigneur. Il m'emmène à la ville la plus proche et me montre le chemin. Je lui refais un câlin humide et lui dit au revoir.

J'espère ne pas revoir Jésus de ci-tôt mais quand maman m'a dit qu'elle avait appelé Rita (sainte patronne des cas désespérés), je pensais pas que celle-ci enverrait le grand patron.

Merci Rita.

Épilogue :

Quelques semaines après, je reçois un courrier de mon assurance : prendre la voiture augmente vos chances de mourir. Soyez bien assurés! - Une chance que j'aie été assurée "tout risque".

Mi

PS: au fait, Jésus n'est pas blond mais bien brun, poilu, gigantesque et bien baraqué.

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commentaires

mi 29/01/2015 16:05

non il est pas blond. Bonne nuit!

Nat 29/01/2015 15:56

Ah, il est pas blond ?
Ouais, j'ai un sacré pb avec les blonds, bon d*** !

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