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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 17:23

Dans la même veine que l'article sur les VPs, mais en beaucoup plus sérieux, je vais vous parler de harcèlement. Oh attention, c'est un grand mot, à utiliser dans des circonstances bien précises. Mais ça m'intéresse d'en parler. Je tiens également à clarifier de suite que je harcèle presque (voire sûrement) mon professeur particulier d'anglais. Il est tellement gentil, patient (sinon, il aurait déjà craqué depuis longtemps) et surtout anglais que je ne peux pas m'en empêcher. Pour lui laisser un peu sa liberté, j'ai décidé de prendre de vrais cours d'anglais, et aussi pour progresser un peu plus vite. Bref, il existe deux grandes sortes de harcèlement comme vous le savez, que j'appelerai harcèlement sadique et harcèlement passionnel. Je n'aime pas trop la notion de "moral" et "sexuel" parce que lorsque l'on est harcelé sexuellement, on l'est aussi moralement, de fait. J'ai donc eu, au cours de ma petite vie, l'occassion de tester les deux. Commençons par le plus simple mais aussi très passionnant, harcèlement sadique. Mais avant, j'aimerais ajouter que dans tout malheur, il y a du positif ; et ce n'est pas parce que je suis une optimiste intégriste. Le harcèlement passionnel aura droit à son propre article pour des questions pratiques.

 

Harcèlement sadique.

 

Je ne vous dirais pas où cela s'est passé mais c'était à mon premier vrai travail. Dans une entreprise de traduction. Je tiens absolument à parler de ça parce qu'on ne se rend pas forcément compte de l'importance que ça a. C'est vraiment très difficile de dire non à son patron quand on en est dépendant financièrement et encore plus de trouver du travail. Heureusement, ce n'était pas mon cas, je travaillais bénévolement, c'était dans le contrat et je n'avais donc pas grand chose à perdre. Le fameux contrat durait deux semaines, donc trois fois rien. J'ai tenu qu'une semaine.

On était deux copines à travailler là-bas. Ma copine a beaucoup plus souffert que moi suite à ça, d'autant qu'elle devait travailler un mois et être payée.

 

Le premier jour, disons lundi, j'arrive donc au travail. Tout va bien, je rencontre le sous-chef. Il nous explique en gros comment ça se passe et on se met au travail. Je demande où est ma copine puisque je sais qu'elle est là, on me dit qu'elle travaille alors dans un autre bureau. Quand je la retrouve, on parle un peu. Elle avait eu un entretien avec le patron la semaine dernière, l'entretien étant très bizarre et se résumait à descendre littéralement les autres "stagiaires" que nous remplaçions. OK. Je me dis naïvement, fais attention mi, ils devaient pas être très bons ceux d'avant, applique-toi. Puis vient mon tour. Grand étonnement. Un homme d'apparence pas trop méchant qui m'accueille avec le sourire. Et me dit de m'asseoir en me tutoyant. Pas que mon côté princesse fut choquée mais par question de politesse, quand on ne connaît pas quelqu'un dans le monde du travail, on le vouvoie. Bref, simplement un rustre. Et je l'entends me raconter le récit de stagiaires qui étaient là avant nous. "Tu sais, quand on est français, faut savoir écrire français, j'en avais un ici qui faisait des fautes à chaque mots, c'était pas possible, s'il n'y avait pas eu le contrat, je l'aurai foutu à la porte avec un coup pied dans le cul, quand on sait rien faire dans la vie, on fait rien...." Franchement, j'ai été choquée. Déjà par le vocabulaire absolument pas adéquat mais par le sens et la façon de le dire.

 

Bref, une fois l'entretien terminé, il me donne du travail à faire sur ordinateur. La consigne était de faire des factures, il me montre trois fois et je dois le faire toute seule après. Deux conditions : se servir le moins possible de la souris et ne pas changer la date qui était 01/01/99. Bien. Je suis les instructions mais je suis un peu lente. Pour cause, je lis, vérifie que je ne me trompe pas et exécute les macros. Tout sur le programme fonctionnait par macros. Ma copine quant à elle était chargée de trier les mails.

Au bout d'une demie heure tranquille, le patron revient et me dit "tu en es que là ? mais ça fait un bail que je t'ai donné ces factures et tu as pas fini ?" Non, je n'avais pas fini, je ne travaillais pas vite, certes, mais je travaillais correctement. Il va voir mon amie et lui demande de faire une manip', je ne sais plus laquelle mais je me souviens qu'il s'est énervé et ça ne m'avait pas plu. Il revient toutes les heures en nous disant qu'on traîne et que l'on est pas rentable. Franchement, sur le coup, je pensais vraiment qu'il avait raison parce que j'ai une mémoire de poisson rouge, dès que j'apprends quelque chose, je l'oublie. Donc je me disais que si j'avais une meilleure mémoire au bout de la dizième facture, j'aurais pu me souvenir de pas mal de macros. Mais il y en avait tellement que je ne pouvais pas m'empêcher de vérifier et puis tout recommencer, ça aurait fait perdre encore plus de temps. Finalement, j'encaissais tranquillement.

A la pause de midi, j'ai quand même demandé à ma copine comment la semaine précédente s'était passée. Elle m'a dit que le garçon qui soit disant ne savait pas parler français faisait en effet beaucoup de fautes d'orthographe mais il s'appliquait et ça allait pour les factures. Et puis aussi qu'il n'arrêtait pas de s'énerver et de crier - le patron. La journée se passe et le soir, je décide de demander une feuille avec toutes les macros et les codes claviers au patron. Il me demande pourquoi. "Je veux les apprendre." Il ne dit rien et me les donne. Le soir, j'apprends tout. Je dis que je n'ai pas de mémoire, c'est vrai mais je peux retenir les chiffres avant de me coucher, donc j'ai pu me souvenir d'une grande partie de la feuille le lendemain. Dans ma classe, on avait chacun son rôle, on était trois, une réfléchissait, le gars mettait des mots sur tout ça et moi j'exécutais. Donc les macros étaient pour moi.

 

Mardi se passe pareil au lundi. Sauf que je vais franchement plus vite mais ils en ont marre que je me serve de ma souris. Donc j'ai des remontrances à ce sujet mais je m'en fiche, je ne peux rien y faire. On est censé faire les factures avec ma copine. Elle me glisse qu'elle n'y arrive pas. Comme je commence à avoir les choses en main, je fais tout, elle vérifie en même temps et on finit relativement vitement comme dirait mon cher prof d'anglais. Le patron nous dit "c'est bien, toi tu bosses, elle, elle regarde." C'était pas faux mais il nous avait dit de le faire ensemble donc on pouvait s'organiser comme on voulait du moment que le travail était fait. Du coup, lorsqu'il nous a demander de faire des travaux différents, j'ai demandé à ma copine ce qu'elle préférait, ça m'était égal, je m'adapterai. Elle a choisi de continuer les mails parce qu'elle ne connaissait aucun raccourci clavier. Le soir, je demande au patron quand est-ce que nous ferions de la traduction puisque c'était pour ça que l'on était là. Il me dit, quand j'en aurai pour vous, je vous en donnerai. Bien.

 

Le mercredi, il nous dit tout sourire, tenez, j'ai une traduction pour vous, vous allez bien souffrir. Je ne me démonte pas. On partage la traduction en deux. Je commets une erreur, je fais ma traduction sur papier. Parce que je suis incapable de relire sur écran, je ne vois pas mes fautes, comme vous pouvez le remarquer avec mes coquilles. Il nous dit qu'on a perdu énormément de temps, ce qui n'est pas faux non plus, puisqu'il faut que je recopie. On se fait gentillement remonter les bretelles. Et une heure après, il revient, nous avions terminé et laissé les mots que nous n'avions pas trouvés en rouge. Il nous dit ces mots que je n'oublierai jamais "mais vous vous foutez de la gueule de qui ?" Ca fait une heure que je suis parti et il y a tout ça comme rouge ? Je lui réponds que l'on a cherché le mot, que l'on a finalement traduit par carre de ski, mot québécois et normand mais qu'il n'y avait pas plus précis, sur google image et là, il commence à se moquer de moi parce que j'ai cherché sur google image. Et j'ajoute que quand je ne connais pas un mot et qu'il n'existe pas dans nos dictionnaires, je cherche une image et je trouve le mot français. Mais bon, là comme je ne suis absolument pas spécialiste de ski, j'avais un peu de mal à comprendre le shéma que j'avais sous les yeux. Finalement, quand il a vu mon image, il s'est tu parce que même lui ne savait pas comment traduire.

Il poursuit sa recherche de mots rouge et tombe sur une phrase simple et hurle "mais vous ne savez pas parler allemand, c'est pas possible, vous êtes bonnes à rien ! Et vous voulez être traductrices ? Mais oubliez tout de suite ! Quand on ne voit même pas les comparatifs, c'est qu'on ne sait pas parler allemand !" Je vérifie ce qu'il pourrait appeler comparatif dans la phrase mais je ne vois pas. Je demande où il se trouve et il me montre quelque chose comme "ein netter Mann" et là, stupeur, mais ce n'est pas un comparatif ! Alors, pleine de courage et sachant que je vais me faire tuer mais pour la bonne conscience, je ferme les yeux et dis "ce n'est pas un comparatif". SIIIII, BIEN SÛR QUE SI, TU VOIS PAS LE ER, MARQUE DE COMPARATIF ??? TU ES VRAIMENT BIGLEUSE, FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE MA PAUVRE FILLE !!! J'avais décidé que ce n'était pas un comparatif et j'irai jusqu'au bout, même s'il affirmait tout le temps que ça faisait quarante ans qu'il était traducteur et qu'il traduisait super bien. Modeste avec ça. Alors j'ajoute, non, ce n'est pas un comparatif, là c'est du nominatif masculin, er parce que Mann est masculin singulier, et qu'il y a ein donc nett porte la marque, si cela avait été un comparatif, on aurait eu netterer. Et j'attends mais silence. Il répond finalement "mais ça aurait pu être un comparatif", et laisse ce que j'avais écrit et passe à un autre point rouge. A partir de là, j'ai vraiment décidé de lui répondre dès que ça n'allait pas et c'est grâce à ça que j'ai pu finir la semaine.

 

Le lendemain, il me donne des corrections de macros à faire et on me confisque la souris. Franchement, je l'ai bien pris parce que c'est marrant de ne pas utiliser la souris et de faire quand même tout ce qu'on veut sur un ordi. 600 pages à corriger en une journée, ce n'était vraiment pas difficile, il fallait juste corriger une tabulation quand il y en avait une en trop mais sur 600 pages, au bout d'un moment, on fatigue et on ne voit plus. Au bout d'un moment, je pense avoir fini, j'avais relu et je l'appelle pour qu'il vérifie. Au bout de la cinquantième page, il gueule "tu m'as appelé pour quoi exactement, pour me montrer que tu n'avais pas fini et que tu ne savais pas faire ton boulot ?" Je reprends en me concentrant un max, j'en avais laissé une vingtaine à peu près. Il revient et on repasse les 600 pages au peigne fin. Au total, on en retrouve une dizaine, pas plus et comme il est de bonne foi il dit "ouais, on en a bien retrouvé cinquante et trois heures pour faire ça, franchement c'est pas terrible !" Et puis il va voir mon amie. Il lui demande quelque chose, je me souviens seulement qu'il a dit "mais répond quand je te parle !" et qu'il a tapé dans sa chaise. Ma copine était terrorisée. Tous les jours, j'essayais de lui redonner courage mais elle ne répondait jamais, ne parlait pas et ne demandait rien. Elle encaissait. L'après-midi, il m'a encore fait des réflexions désobligeantes mais je lui répondais à chaque fois. Je crois que le fait que je n'ai plus eu peur de lui a fait qu'il m'a respectée. Il commençait même à me raconter sa vie et à être plutôt sympa. Mais dès que je commençais à être tranquille, il mordait. Et comme je répondais à chaque fois et que j'en étais presque impertinante, il me laissait tranquille et allait attaquer ma copine. 

 

C'est comme ça que le vendredi, j'ai pris ma décision. Ma copine était tellement sous pression qu'elle a fait une énorme bêtise. Elle était chargée de supprimer les mails mais pas définitivement. Je ne sais pas comment elle a fait mais elle a malencontreusement supprimé environ 400 mails de façon définitive. Là, le patron était furieux. Il pête littéralement un câble et hurle comme un fou sur ma copine. Il la traîte de tout, il lui dit de le regarder quand il lui parle, il tape plusieurs fois dans sa chaise. Il lui dit que si elle n'avait pas un contrat, elle serait virée immédiatement. Qu'une faute professionnelle aussi grosse, c'est inadmissible. Il la détruit. Je me retourne et la vois en pleurs, trembler et tellement effrayée. Je suis choquée. J'attends qu'il parte et je vais voir ma copine, je lui dis que ce n'est pas grave, qu'elle n'a pas fait exprès et que ce n'est pas normal qu'il la traîte de tous les noms, je lui dis que je partais maintenant et qu'elle pouvait me suivre. Je rédige ma lettre en disant que les clauses du contrat ne sont pas respectées. Il comprendra. J'avais tellement peur qu'il me suive, une fois la lettre donnée que je me suis cachée une fois dans la rue et j'ai attendu ma copine. Une fois sortie, elle m'a raconté comment il avait reçu ma "démission" et il lui a demandé si c'était parce qu'il s'était énervé. Il l'a fait culpabiliser et elle est restée.

 

Mardi, je la revois et elle me dit qu'elle est partie. Elle me dit que suite à un envoi de brouillon de traduction, le client a appelé en disant que le patron s'était trompé, tellement fier, celui-ci a dit qu'il ne se trompait jamais et a nié ce que disait le client, celui-ci a insisté et s'est fait insulter. Suite à ça, le patron a dit à ma copine qu'il ne la paierait pas à la fin du mois. Elle est donc partie.

 

Je vous parlais de positif plus tôt, j'ai en effet appris beaucoup de choses au cours de cette semaine. Je sais entre autre que je suis capable de dire non et ça me suffit. Et finalement bien que ce patron ait été une odure finie, j'avais du respect pour lui par rapport à ce qu'il me racontait. Il avait le courage d'envoyer une centaine de mails à des gens qui l'avaient roulé dans la boue pour leur pourrir leur carrière avec en copie les patrons, les supérieurs des personnes concernées, il n'avait pas peur. 

 

Voilà pour le harcèlement sadique. Je vous en supplie, battez-vous si ça vous arrive. Je n'aurais pas été virée, je travaillais correctement et je n'avais pas peur de lu,i même si je suis toujours effrayée par la violence. Il ne faut pas avoir peur de quelqu'un comme ça. Ce n'est juste que quelqu'un. Des personnes qui me sont très proches ont vécu ça et ne pouvaient pas partir sous peine d'être au chômage mais elles ont retrouvé du travail. Donc courage et n'ayez pas peur.

 

 

Mi

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commentaires

Nat 21/08/2011 23:04


Bravo pour avoir réussi à tenir tête, mais non, je ne pourrai pas être d'accord. Je ne pourrai pas avoir du respect pour des gens comme ça.


Mi 11/09/2011 18:59



au moins, tu ne te feras pas marcher sur les pieds, c'est bien :)



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